Edito
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"La reconnaissance de sa fragilité rend possible la communication et la relation à l’autre : elle rend sensible à des situations qui a première vue sont étrangères." André Comte-Sponville Dans une société qui prône l’efficacité sans délais, prendre le temps de se poser, emprunter des chemins de traverse, oser philosopher, tenter de donner vie aux idées qui affleurent, voici quelques signes qui méritent de trouver place dans le grand jeu de piste des apprentissages blottis au cœur de l’espace scolaire. Car malgré la fragilité sertie en chacun de nous, nous en sommes convaincus, il n’y a pas de voie sans issue. Dans son appel au dialogue et au refus du nationalisme, « Culture et Démocratie » nous rappelle bien à propos que « Le 21e siècle a besoin de créativité et d’audace, de solidarité et d’empathie. Ces valeurs, l’art et la culture nous les proposent de la plus belle manière qui soit ». Pour Pierre de Lune, toutes les saisons ont leur beauté et à l’entame de la nouvelle, c’est avec confiance et détermination que toute l’équipe ouvre ce nouveau chapitre de son programme d’ Art à l’école. Formations, classes en projet, ateliers, spectacles, festivals, voilà autant d’occasions de rencontres entre enseignants, artistes, élèves et médiateurs pour rendre possible la communication et la relation à l’autre et ce malgré les fatigues, les obstacles, les fêlures ou les replis sur soi. A ce titre, l’atelier de création en classe agit toujours comme un aiguillon salutaire. S’il titille, bouscule, questionne, il stimule aussi la pensée critique, répond aux défis et, par les nouvelles compétences explorées, procure un plaisir digne d’être multiplié. Comme l’écrit Laurent d’Ursel « Au moment de la création artistique, la joie est ravageuse, absolue, enivrante, sans partage. Au moment du geste solidaire, la joie est fraternelle, pacifiste, chaleureuse, émouvante». Individuel et collectif, tout parcours d’art à l’école se nourrit aussi du regard de l’autre et, à ce titre, trouve sa plénitude dans ce moment unique du partage final avec son public. La démarche de création en classe se nourrit bien sûr des apports personnels des partenaires, élèves, enseignants et artistes engagés dans une même aventure. De même, elle s’enrichit de la fréquentation des œuvres sensibles offertes sur scène par l’extraordinaire floraison d’artistes du théâtre jeunes publics. Nombre de spectacles proposés cette saison aborderont de manière différenciée le thème de la « fragilité ». Qu’il s’agisse de mémoire défaillante, du combat pour la survie, des dommages d’exclusion, de l’angoisse du dominé ou de l’amour en question, sur scène, la violence du désir se trouvera parfois exposée. Cependant, un personnage providentiel ou une situation nouvelle pourront souvent bousculer la donne, ouvrir une piste d’avenir, poser ce geste de résilience secrètement espéré. Si la culture défie les logiques de repli, osons donc reconnaître nos fragilités et, forts des faiblesses qui mobilisent, avec les jeunes que nous aurons le privilège de rencontrer, mettons-nous en mouvement ! Par le théâtre, le conte, la danse, l’écriture, la lecture publique et les arts plastiques, esquissons les contours d’un avenir plus sensé. Relever ce défi, ne serait-ce pas aussi notre responsabilité ? Jean-Marie Dubetz
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